Une semaine avant la conférence sociale des 9 et 10 juillet, l’AJIS (Association des journalistes de l’information sociale) invitait des personnalités du monde politiques et de la recherche à commenter deux mesures que le gouvernement veut mettre en place dès 2013 pour favoriser l’emploi des jeunes : les emplois d’avenir et les contrats de génération. Ce qu’en pensent Gaëtan Gorce, sénateur socialiste, Marie-Anne Montchamp, ancienne secrétaire d’État en charge des solidarités et de la Cohésion sociale dans le gouvernement Fillon, Bernard Gomel, chercheur au Centre d’Études de l’emploi (CEE).
Rappelons que les emplois d’avenir sont des contrats aidés qui devraient permettre aux jeunes, notamment à ceux des quartiers défavorisés, d’accéder au marché du travail. Les contrats de génération prévoient des exonérations de charges pour les entreprises en contrepartie de l’embauche d’un jeune en CDI et du maintien dans l’emploi d’un salarié plus expérimenté, chargé de l’accompagner.
« La politique de mesures ne doit pas occulter la politique de l’emploi. Il faut cesser de confondre baisse des statistiques et traitement de fond, » met en garde Gaëtan Gorce. Marie-Anne Montchamp craint « un retour en force de la doctrine qui empêche aujourd’hui un questionnement fondamental du problème de l’emploi dans le pays ». Quant à Bernard Gomel, il s’élève contre « la dramatisation du chômage des jeunes. S’il est vrai que le taux de chômage est de 25 % chez les jeunes, il est faux de traduire que 25 % des jeunes sont au chômage. ». Ce taux concerne les jeunes actifs et « il y a peu d’actifs chez les jeunes. »
A quoi s’engage l’employeur ?
« La programmation permet de situer les emplois d’avenir et les contrats de génération dans le moyen terme, hors des contrats cycliques du semestre », poursuit Bernard Gomel. Mais faisant référence au passé, le chercheur insiste sur l’importance de définir l’engagement de l’employeur : « A l’époque des emplois jeunes, la police nationale signait ces contrats pour recruter et fidéliser les jeunes, alors que dans le même temps, l’Éducation Nationale ne prévoyait pas de conserver ces nouvelles recrues mais de leur offrir un tremplin vers un emploi plus durable. L’une ou l’autre posture conditionne le transfert de compétences et toute la question autour de la formation comme moyen d’insertion dans l’emploi. »
« Éviter la tentation des contrats cycliques des emplois jeunes » et ce qui y ressemble « est impossible, car elle est inscrite dans leur conception même », répond Marie-Anne Montchamp. « On doit désormais réfléchir en terme de parcours et non de statistiques. La bonne méthode commence par une approche prospective, qui permet de définir ensuite une démarche territoriale. La négociation n’est que la troisième étape de ce processus. »
Évaluer les politiques de l’emploi
« Il faut remettre de l’ordre dans les idées et les pratiques », déclare pour sa part Gaëtan Gorce. On ne peut concevoir que soient investis 100 milliards d’euros dans des politiques de l’emploi sans exiger une réelle évaluation en retour. Sur le terrain, ces politiques ont besoin d’un pilote dont l’échelon pertinent est le territoire, avec des contrats d’objectifs comme cadre d’intervention. (…) Il convient par ailleurs de réviser les politiques de formation et de lutte contre le chômage en les inscrivant dans des processus durables, centrés sur les personnes et non plus sur les statistiques. L’AFPA a un rôle évident à jouer pour sécuriser leurs parcours. »
Chantal Attané.


