Priorité alternance pour le gouvernement qui multiplie les initiatives avec un objectif ambitieux : « un jeune sur cinq formé par l’alternance à horizon 2015, soit 800 000 jeunes ». De nouvelles mesures sont en vue pour doper le système.
L’alternance, filière d’excellence, l’idée fait son chemin. Qui n’est pas convaincu aujourd’hui que l’alternance est l’avenir de la formation, en particulier pour les jeunes ? Apprentissage, contrat réservé aux jeunes dans le cadre de leur formation initiale ou contrat de professionnalisation s’adressant à un public plus large avec une vocation de rattrapage et s’inscrivant dans une logique de formation continue et surtout de recrutement, chaque formule a son utilité.
Pour la majorité des entreprises, ces contrats en alternance sont perçus comme un dispositif efficace de pré-embauche et le meilleur moyen de transmettre les savoir-faire. « L’alternance est en soi une démarche rationnelle. La plus rentable faite par Veolia », assure Henri Proglio qui a largement développé l’alternance quand il dirigeait Veolia. « Un parcours d’ascenseur social », rappelle Laurent Wauquiez, secrétaire d’État à l’Emploi, car rémunéré, un point essentiel pour les publics les plus modestes.
Du côté des familles aussi, on prend conscience qu’un jeune suivant un cursus en alternance a plus de chances de trouver un emploi en CDI, et deux fois plus rapidement, que celui qui a suivi la voie classique. Preuve que l’alternance n’est pas réservée aux exclus de l’Éducation nationale, certaines grandes écoles et des universités développent le recours à l’alternance pour former les cadres de demain.
Encore loin de l’objectif
Malgré cette prise de cons-cience collective, on est loin de l’objectif ambitieux fixé par Laurent Wauquiez, « un jeune sur cinq formé par l’alternance à horizon 2015, soit 800 000 jeunes ». Alors qu’on progresse péniblement vers les 600 000, avec 10 % de plus en cinq ans. Encore loin de notre modèle emblématique l’Allemagne et son 1,8 million de personnes formées en alternance ! D’autant que l’environnement économique actuel ne semble guère favorable. Il y a plus de candidats que d’entreprises prêtes à risquer l’alternance. Michaël, 21 ans, à Valenciennes en a fait l’expérience. Il a cherché des mois durant un maître d’apprentissage, en plomberie, puis en électricité, plus de 50 entreprises visitées, 50 refus. De quoi désespérer !
De gros efforts restent à faire. Le recours à l’alternance est relativement récent dans notre pays et toujours tourné vers le diplôme. Seulement 70 % des entreprises de plus de 250 salariés atteignent le seuil légal de 3 % des effectifs en alternance. Ce sont surtout les petites entreprises qui s’engagent, principalement dans les secteurs du BTP et de la restauration. En début d’année, on pouvait craindre le pire, avec une baisse de 20 % du nombre de contrats en apprentissage, et de 40 % des contrats de profesionnalisation. La situation s’est redressée. On enregistre malgré tout en fin d’année, une baisse significative des entrées en alternance : – 18,5 % pour les contrats de professionnalisation, -2,8 % pour l’apprentissage.
Mobilisation
Toutefois, l’emploi n’a pas régressé à hauteur de la crise, et Laurent Wauquiez a pu se féliciter de l’efficacité des mesures prises dans le plan d’urgence pour l’emploi des jeunes, dès le mois d’avril 2009 et saluer la mobilisation de l’ensemble des acteurs.
La politique volontariste du gouvernement a rencontré un écho favorable chez les partenaires sociaux et les entreprises petites ou grandes.
Cinquante grandes entreprises, entraînées par Henri Proglio, chargé par Nicolas Sarkozy de promouvoir l’alternance se sont engagées à recruter 24 000 jeunes supplémentaires en 2009/2010. Pari tenu, affirmait Henri Proglio lors de la remise de son rapport le 10 décembre 2009. Les CCI ont lancé leurs développeurs de l’alternance sur les routes. La CGPME aussi.
Dans l’ANI du 7 janvier 2009 repris par loi du 24 novembre, les partenaires sociaux ont prévu l’élargissement du contrat de professionnalisation aux bénéficiaires des minima sociaux avec des financements spécifiques et la création d’un tutorat externe pour gérer tous les problèmes extra professionnels relevant de l’insertion. Exemple à Mulhouse, les jeunes des quartiers en difficulté qui suivent un cursus d’apprentissage dans la métallurgie auront en plus de leur tuteur classique, des tuteurs pour les aider à régler les problèmes de logement, transport, santé…
La mise en œuvre de la POE, (Préparation opérationnelle à l’emploi), par Pôle emploi devrait permettre de mieux préparer les candidats avant la signature de leur contrat en alternance. Autant de réponses à des demandes récurrentes des entreprises.
100 000 apprentis dans la fonction publique
Pour faire de l’alternance une voie majeure de formation dans notre pays et suite au rapport Proglio qui soulignait les freins qui bloquent encore le développement de l’alternance, Laurent Wauquiez a lancé le 7 janvier dernier, les Ateliers de l’apprentissage et de l’alternance.
L’une des prochaines étapes devrait être de mobiliser la fonction publique, en particulier la Territoriale qui pourrait former 100 000 personnes en alternance en cinq ans, une préconisation de Laurent Hénart, ancien secrétaire d’État à l’insertion professionnelle des jeunes dans son rapport remis en octobre.
En réponse aux propositions de la mission Proglio, Laurent Wauquiez a également promis de promouvoir une clause sociale « alternance » dans l’exécution des marchés publics. Un grand portail de l’alternance sera ouvert sur Internet pour rassembler offres et demandes de contrats et renseignements pratiques. Par ailleurs, 500 millions d’euros du grand emprunt seront consacrés à l’apprentissage : 250 pour améliorer l’appareil de formation et 250 pour développer l’offre de logement. De son côté, le FPSPP a également prévu d’affecter des ressources supplémentaires pour promouvoir et développer l’alternance.
Il y a urgence, car on le sait, dans un contexte de crise économique, les entreprises recrutent moins et forment moins. Un rééquilibrage du financement de l’alternance entre État et entreprises est d’ailleurs une piste avancée par le rapport Proglio.
Danièle Ginisty


